Spectacle: Extrait de texte

Sammy: 

T’aime pas trop ce genre de musique, hein ? pas ton style !

François:

Il s’agit bien de ça ! Deux heures…  DEUX heures que tu fais hurler cette musique de sauvage. Ça va, là, tu vois. (Il met les mains de part et d’autre de sa tête, largement écartées) Comme ça la tête.

Sammy: 

T’es de mauvaise foi : ça hurlait pas. Ça s’écoute comme une berceuse, cette zique.

François:

Si tu estimes que, fenêtre fermée, parvenir à réveiller le voisin d’en face pendant sa sieste pour qu’il en vienne à me téléphoner, c’est de la berceuse… Sans parler de ta mère qui n’arrive plus à parler avec la mienne au téléphone tant c’est bruyant et qui, à son tour, hurle pour se faire comprendre !

Sammy:

Eh, tu pousses, là : c’est samedi et c’est (il regarde sa montre qu’il n’a pas et prend le bras de son père) deux heures et demie. Il peut quand même supporter un peu de musique, le père Roland d’en face… Et les grands-parents sont là dans quelques heures : elles pourront tout se dire de vive voix, Maman et ta mère.

François:

Supporter "un peu", oui, "de musique", d’accord. Mais cette compote de sons, non ! Et puis, comme ça, là,  t’as rien à faire d’autre que de te tortiller comme un cocker qui a des vers en écoutant cette confiture pour débiles ?

Sammy:

Oh là, je critique pas la musique néolithique qui te sert de somnifère !

François:

(il regarde le désordre dans la chambre) C’est dans ce fourbis que tu penses travailler pour ton examen ?

Sammy:

(levant les yeux au ciel avec un grand soupir) Et c’est reparti !

François:   

Reparti quoi ? Sammy, tu ne fais rien ! Tu as des examens dans deux mois, et tu n’ouvres pas un bouquin. En imaginant que tu puisses en retrouver un dans ce dépotoir !

Sammy:   

Pour ce qu’ils sont intéressants, ces books !

 

(le ton monte)

François:  

C’est avec ces matières peu intéressantes que je peux te payer …(il fait un geste circulaire désignant la chambre) tout ça ! C’est avec le droit que tu ne manques de rien. Et c’est un euphémisme. C’est avec le droit que tu te royaumes dans ta carcasse d’éternel post-ado déprimé sans te préoccuper de savoir comment tu vas te payer ton nouveau jean ou ton nouveau CD de sauvage !

Sammy: 

(d’une voix très forte et déterminée, voire définitive) Mais j’en ai rien à braire de ton droit !

 

(sans que les hommes ne s’en aperçoivent, Alice entre doucement, pousse la porte derrière elle et reste appuyée contre elle).

Textes : Jayet Bertrand © SSA 2007. Tous droits réservés.